Littérature chilienne: Marcelo Lillo
Quel plaisir de lire les nouvelles de l’écrivain chilien Marcelo Lillo réunies sous le titre «Gente que baila sola» par les éditions Mondadori ! Le style est limpide, les dialogues alertes, l’intrigue est rapide...On est loin des oeuvres soporifiques de certains «grands» auteurs latino-américains qui exigent de leurs lecteurs une volonté de fer pour arriver à la dernière page. Avec Lillo, le lecteur est emporté par le rythme du récit.Les nouvelles sont courtes, dix à quinze pages et l'on ne s’ennuie pas. «El artista del barrio» ouvre le recueil. Un jeune garçon rend visite à sa grand mère. Chaque mois la même corvée car la vieille dame ne lui témoigne guère d’affection, pas autant en tout cas qu’un petit-fils en attendrait. Et puis un jour - il y a toujours des moments clef bien marqués dans les nouvelles de Lillo - un jour, la vieille est retrouvée inanimée. Attaque cérébrale. Mais elle n’est pas morte et continue à vivre. A végéter plutôt, couverte d’excréments et d’urine. On lui met des couches. Elle répond à peine, la bouche tordue. Et le jeune garçon commence a rêvasser. Il s’abstrait de la scène, invente des histoires, plein d’histoires, et devient une célébrité dans son quartier, un conteur, un artiste, l’artiste du quartier «El artista del barrio». Que va t-il se passer? Nouveau moment clef : la tante du jeune homme lui suggère de raconter une histoire à la vieille. Lui qui est conteur, artiste, aura peut-être le don de la réveiller? Qui sait?
Tel aurait pu être l’épilogue. L’art n’est il pas capable de tout? Mais non, nouveau moment clef, le garçon raconte une histoire, une histoire sur les morts, dont les cadavres se décomposent, les morts dont il raconte la vie dans ses historiettes. Sa tante l’interrompt, furieuse, indignée , «Veux tu la tuer?», la mère du jeune homme l’excuse, « il ne sait pas ce qu’il dit», l'entraîne hors de la pièce, pendant que la vieille défèque sous elle et que la puanteur envahit la chambre. « Nous sommes revenus en silence à la maison, à pied comme d’habitude, et à la tombée du jour, j’ai commencé à me raconter une autre histoire».
Il y a dans les nouvelles de Lillo des situations cocasses, un humour grinçant sur l’absurdité de la vie. Ses intrigues et ses personnages font rire mais il y a derrière une vérité qui rend mal à l’aise et qui donne de la profondeur à l’histoire. Comme celle d’une autre nouvelle, celle sur ce ce vieux couple sans histoires qui se sépare brutalement en pleine nuit. Pourquoi? demande le mari. Parce que je suis fatiguée de toi et que maintenant tu me répugnes...
Marcelo Lillo, Gente que baila sola. Mondadori

