Chili-Santiago-Excursions
Croisière vers le Cap Horn
Premier jour. On lève l'ancre!18h : L'aventure se met en place dès l'entrée dans ce Mare Australis fleurant bon le bois ciré et les embrums ! Le soleil tombe sur la mer et renvoie sa lumière dans la spacieuse cabine que l'on découvre tout en blanc et bleu avec draps brodés et musique classique distillant ses notes en écho au bruit des vagues. On se sent bien ! Après une rapide installation facilitée par le pré acheminement des bagages ( tous sont là) l'envie d'explorer le bateau est pressante. Face à la cabine : accès au pont supérieur d'où l'on embrase toute la baie de Punta Arenas et sur la droite à l'extrémité du couloir, le salon Sky aux larges baies vitrées ouvertes jusqu'au ciel. Là trônant en son milieu , le bar ,promesse de délicieux breuvages mais l'heure est à la présentation de l'équipage :officiers de bord et équipe d'expédition chargée de nous exposer les instructions de sécurité en mer et plus tard de nous faire découvrir mille splendeurs du grand sud austral . Exercice obligé : le mode de fonctionnement du gilet de sauvetage avec sifflet, lampe et clip affichant le numéro de la cabine. Un cocktail de bienvenu ponctué d'une cueca , la danse emblématique du Chili, scelle la reconnaissance du lieu. Dans moins d'une heure, à 20h le Mare Australis lèvera l'ancre, frayant sa route dans le ce détroit de Magellan émaillé de tant d'aventures…
La cote, sculptée par le vent disparaît petit à petit . On navigue par petite mer ! Et on s'organise : croisiéristes de toutes nationalités, interpellent le maître d' hôtel chargé de composer les tables. Qui avec qui ? Evidement les hôtes du Mare Australis sont réunis en fonction des nationalités et si les latinos américains dominent, Italiens, Français ne sont pas en reste ! Rien n'empêche de demander un placement à table selon ses désirs comme par exemple celui d'échapper aux enfants ! Bonne surprise : les tables de huit à dix couverts permettent une sympathique intimité et un service attentif. Fraîche et légère une terrine de Centolla, le fameux crabe du sud chilien, inaugure officiellement ce premier repas à bord . Un exposé dit » Route de Navigation » clôt la fin de soirée et comptabilise les premiers milles nautiques : 38 milles exactement.
Deuxième jour. Sur les traces de Magellan
Nuit houleuse dans le canal de Magellan à la largeur oscillante ( entre 4 et 40 kms ) d'où une mer à surprise, mais à l'opposé, lever du jour calme dans le Fjord de l'Almirantazgo que surplombent les cîmes de la cordillière Darwin, point extrème où finissent les Andes . Moment solennel du premier débarquement à bord de zodiacs! Pas hésitants mais dûment instruits par l'équipe de l'expédition ( consigne formelle : à bord ne jamais se mettre debout ) nous foulons le rivage qui à cinquante mètres nous révèle une escouade d' éléphants de mer alanguis que certains prennent pour un …tas de roches tant le mimétisme avec l'environnement est spectaculaire. A la clé, végétation vert tendre et rose-mauve et flore peu commune, frangée de lagunes et ruisseaux: un spectacle qu'un ciel bleu pur, magnétique rend encore plus féérique . Au programme : marche bucolique à la découverte notament de castors embusqués dans leurs habitats aquatiques . Un vrai méli-mélo de branches où eux seuls s'y retrouvent. Pour vivre heureux…vivons cachés, non ? Dans cette baie et forêt magnellane, paix et silence. Une ambiance qui tranche avec celle des îlots Tucker , excursion de l'après midi menée sur mer uniquement afin de ne pas perturber la quiétudes des habitants du lieu : entre autres : mouettes australes, chimangos, cormorans, tuiques et…colonies manchots de Magellan d'autant plus sympathique qu'ils sont de très petite taille. Descendus du nord après des milliers de kilomètres jusqu' aux îlots Tucker, ils s'activent à leur nidification sans se soucier de notre présence ! Cette zone étant protégée, il est bien sûr interdit de les toucher. Cette interdiction qui laisse les mains libres permet de saisir en photos de jolies scènes familiales. Une pluie fine soudaine, accompagne cette navigation sous un ciel gris où vêtements chauds et imperméables assurent le confort ! C'est que le climat est capricieux. Pluie, soleil, vent alternent en moins d'une heure. De retour sur le Mare Australis , une des conférences les plus passionnantes du voyage (la glaciologie) nous attend.19h :la journée d'excursion se termine, pour les uns autour d'un thé chaud et pour les autres autour d'un… pisco sour, la boisson nationale du Chili : un savant mélange d'eau de vie de raisin et de jus de citron vert , le tout shacké dans les règles de l'art par le barman. Les hôtes du bateau se connaissant mieux, les conversations fusent dans toutes les langues sous l'œil ravi de l'équipage.

Troisième jour : Un monde de glace
Les 84 milles parcourus dans la nuit jusqu' au bras nord ouest du Canal de Beagle révèle au matin, un monde de silence tout en blanc pur nuancé de bleu, celui de glaciers millénaires que nous passerons toute la matinée à contempler du pont supérieur du Mare Australis .Chaque méandre du canal révèle un nouveau spectacle dont personne ne songe à s'arracher. La mer, immobile semble huileuse, figée …Normal : la température avoisine les -1 et des petits blocs de glace, asiles temporaires pour les rares cormorans , le confirment. Le temps est long jusqu' au débarquement de l'après midi prévu sur le glacier Pia, l'un des plus beaux. Pour l'heure: 9h30, les férus d' ethnologie assistent à un exposé sur Les Oiseaux de Patagonie. D'autres, curieux, eux aussi, entreprennent la visite de la salle des machines ! Le déjeuner ,organisé autour d'un buffet Chilien avec cebiche ( poisson cru mariné ), empanadas ( de délicieux chaussons de pâte feuilletée fourrée de fromage), salade de fruits de mer, regroupe les hôtes dans un sympatique brouhaha !15h : la navigation dans le bras nord-ouest du Canal de beagle qui s'ouvre aux eaux encore timides du Pacifique, dévoile face à nous, un monstre de glace : le fameux glacier Pia qui semble tomber à pic au fond de l'eau. Il donne la pleine mesure de cette Terre de Feu immense, figée car soumise à la violences des éléments. Içi, l'on prend pleinement conscience de notre position: loin de tout au bout du monde. Juchés sur le haut d'une falaise afin d'admirer la vue panoramique de ce glacier millénaire, on le détaille et on l'écoute: grondements de cascades , bouillonnements sourds, lourdes chutes de glace…. font de cette masse toujours en mouvement, un sujet vivant et mystérieux. Les yeux et les oreilles, monopolisés, engrangent ce moment exceptionnel qui une fois remontés à bord du Mare Australis, aura son point d'orgue avec la navigation dans l'avenue des glaciers, bordée à tribord sur des kilomètres, d'une succession de glaciers majestueux où aucun ne ressemble à l'autre. Chacun a son « histoire » , ponctuée d'un nom de reconnaissance comme Romanche, France ( mais oui !) Alley, Allemagne…. .Le bateau semble glisser sur l'eau et à la nuit tombée , surprise: un fil de lumière scintillante ourle l' horizon : c'est la mythique Ushuaia. Nous n' y aborderons que le surlendemain, point final de notre voyage. Pour l'heure, la seule évocation du nom fait surgir des frayeurs et des désirs d'aventure qu'en fait nous sommes en train de vivre, avec à court terme, la navigation de nuit jusqu'au Cap Horn...
Quatrième jour . Débarquement au cap Horn
L'aube se lève ….nous y sommes ! Pas besoin de se frotter les yeux pour y croire. L île d' Horn est face à nous : langue de terre pelée, battue par les vents qui scelle la rencontre de l'océan Pacifique et de l'Atlantique. La pluie et le vent d' Ouest , malédiction des marins, renforcent l'impression de désolation et le sentiment de vivre une expérience unique et inoubliable. Le Mare Australis jette l'ancre dans un semblant de crique où la houle se fait plus conciliante.. .Il est 6h du matin et les zodiacs, l'un après l'autre, se frayent un passage jusqu'en bas d'un promontoire équipe d'un escalier rudimentaire conduisant jusqu' à l'extrémité de l' île: le fameux Cap Horn. Un mémorial, érigé en 1992 par la section Chilienne de la Confrérie des Cap Horniers, rappelle le prix en vies humaines payé par ces conquérants des mers. Bientôt le froid et l'humidité incitent au repli vers le Mare Australis. En fin d'après midi, débarquement escorté par un banc de dauphins dans une baie abritée à l'ouest de l'île Navarino : Wulaia. Là, pour la première fois depuis le départ de Punta Arenas, on découvre une construction humaine : une ancienne ferme avec à proximité une butte coiffée d'une stèle chargé d'histoire .C'est là exactement qu'au XIX è siècle, Charles Darwin et le capitaine de marine Fitz Roy nouèrent des contacts avec les indiens Yamanas. A la tombée du jour, nous aurons parcouru 256 milles nautiques et ceux effectués par le passage du Cap Horn vaudront à chacun un diplôme certifiant que nous avons « bien » franchi le point le plus au sud du globe ! Ce diplôme découvert dans la cabine au retour du dîner d'adieu atteste de la véracité de notre aventure . Une loterie mettant aux enchères la carte de navigation au Cap Horn la parachève avec panache. Bientôt nous arriverons dans les eaux limitant la frontière entre le Chili et l'Argentine , limite territoriale dévoilant de nouveau au crépuscule la vision d' Ushaia….la civilisation avec pour preuve, un soudain ballet de portables réactivés avec fébrilité .On a tellement à raconter ! DL


